Traduction "française" du rapport
Réflexions sur la nouvelle proposition de gouvernance de la HES-SO
1° Tout en soulignant la nécessité pour la HES-SO de maintenir un lien efficace entre établissements et tissus industriels et économiques régionaux, le rapport ne développe aucune proposition concrète visant à faire fructifier ce même lien. On peut même avancer l’idée que l’ensemble des propositions faites remet en cause ce même lien. En effet, une gouvernance centralisée, définissant les axes stratégiques de l’école romande tout en maintenant des établissements régionaux, casse de facto tout rapport entre notions de pouvoir et de responsabilité. Nous aurions ainsi des responsables régionaux, pris entre le marteau et l’enclume, incapables de prendre une décision, donc une initiative, sans l’aval de la direction générale. Outre l’avenir des régions dans un tel schéma, il est à craindre que les principales victimes de ce système soient les responsables régionaux dorénavant nommés par la HES-SO ainsi que les acteurs politiques cantonaux, car désormais incapables de répondre aux doléances fortement différenciées des milieux industriels et économiques en matière de formation et de recherche. Il sera très difficile pour ces mêmes acteurs politiques d’avouer qu’ils paient le prix fort (2/3 du budget de fonctionnement de l’établissement) sans possibilité structurelle de faire advenir efficacement les besoins de ces mêmes acteurs industriels et économiques.
2° Il nous semble que cette logique de séparation a déjà commencé. En effet, il est frappant de constater que les responsables d’associations faîtières (type chambre de commerce et de l’industrie ou fondation) ou de grands groupes industriels n’ont pas été auditionnés. De même, les critiques de certains acteurs institutionnels à l’égard de ce rapport n’ont pas été annexées. Ce n’est pas oubli, mais le signe d’un phénomène idéologique : les spécificités régionales n’ont plus voie à aucun chapitre en matière de production de normes localement adaptées en matière de formation et de recherche appliquée. Ce sont les normes « hors sol » imposées par la concurrence fort discutable avec les universités, le principe de classement et de compétition dans les domaines de la formation et de la recherche rendu possible par une réglementation bolognaise, qui font office de seule référence. L’adoption de telles règles «hors sol», sans réflexion poussée sur des possibilités de compromis avec des normes locales et régionales, fait le jeu de tout processus de centralisation.
3° Ce rapport fait fi de 60 ans d’études en économie régionale. Menées dès les années 50 dans la «troisième Italie» , ces études ont démontré que la vitalité économique d’une région est étroitement dépendante de sa capacité à développer des réseaux courts entre formation, recherche, milieux industriels, économiques, financier et monde politique. Michael Porter, le célèbre spécialiste américain, a, depuis les années 80, systématisé de tels modèles de fonctionnement régionaux . Pas la moindre allusion à la notion de «cluster» ou de district industriel. Dès lors, les a priori de ce rapport tant à l’égard des acteurs politiques (Ils « gênent » le développement stratégique de la HES-SO) que des acteurs industriels et économiques (ils ne sont tout simplement pas auditionnés) est étonnant. Notons enfin que l’ensemble des stratégies de promotion économique endogène cantonales se sont développées par le renforcement de «clusters» associant formation, recherche appliquée, programmes publics de création de start-up, aide au financement, nouveaux cadres légaux, coordinations avec les acteurs économiques, etc. Ce rapport ignore purement et simplement de tels aspects, pourtant inscrits dans toutes les stratégies cantonales de développement économique. A moyen terme, l’application d’un tel avant-projet remettrait profondément en cause de tels efforts de promotion.
4° Dans un système centralisé, le principe d’égalité « dure » est de mise : pas d’action qui ne soit bénéficiaire à l’ensemble des acteurs locaux, indépendamment des circonstances locales. Ce principe d’égalité se développe aux dépens du principe d’équité, qui se définit comme la capacité à répondre ponctuellement à des besoins de manière située. La notion d’équité est indissociable du fédéralisme. C’est également la valeur clé du principe de subsidiarité. Ce même principe est une spécificité helvétique. La capacité d’innovation de la Suisse doit d’ailleurs beaucoup à ce même principe de subsidiarité. Celui-ci présuppose des territoires et des acteurs dotés à la fois de responsabilités et de pouvoirs. Le mode de coordination entre ces différents acteurs institutionnels et économiques est de type contractuel et mutualiste. Ce système a fait ses preuves dans maints domaines : paix du travail, soutien aux régions périphériques, partenariats publics – privés, coordinations intercantonales, etc.
L’avant projet de la HES-SO semble totalement étranger à ces principes participant du bien-être et du dynamisme économique de la Suisse.
Publié le vendredi, septembre 18 2009 par Sous la loupe
Derniers commentaires